LA PROVENCE ÉDITION MARSEILLE LE 05 OCTOBRE2019

Punaises de lit à l'Alcazar à Marseille : comment s'en débarrasser ?

Alors que le nuisible a fait fermer l'Alcazar, les Marseillais prennent la mesure de l'ampleur du phénomène

Par Antoine Marigot

File d'attente continue vendredi, toute la journée, pour déposer les livres empruntés dans une boîte dédiée.
File d'attente continue vendredi, toute la journée, pour déposer les livres empruntés dans une boîte dédiée.PHOTO A.MT.

Insecticide et vapeur, le combo gagnant

Ce n'est un secret pour personne : les infestations de punaises de lit sont de plus en plus nombreuses dans les grandes villes du monde. Un phénomène qui a pris de l'ampleur avec la multiplication et l'augmentation du flux de voyageurs, qui transportent le nuisible, niché dans leurs valises.

De nombreuses personnes touchées font alors appel à des entreprises spécialisées dans la désinsectisation. À l'instar d'Actigien, PME basée à Vitrolles et dirigée par Gabriel Lévy. Le chef d'entreprise voit la part d'activité liée aux punaises de lit augmenter d'année en année : "Par rapport à l'an dernier, on a déjà fait une vingtaine d'interventions supplémentaires sur les punaises", explique-t-il. Avec un protocole bien huilé : les agents spécialisés, après détection du lieu d'infestation, aspergent les lieux concernés d'un insecticide. "Il y a trois passages, à dix jours d'intervalle. À chaque fois, on utilise une molécule différente, ce qui permet de se débarrasser des larves, plus difficiles à exterminer." Côté finances, il faudra compter une centaine d'euros par passage selon la surface infestée. "Il y a aussi la vapeur sèche, que je conseille en complément. Mais j'oriente plus sur l'insecticide car à titre personnel, on a de meilleurs résultats."

"Un fléau mais pas un problème de santé publique"

Il est allé rencontrer hier après-midi les agents de l'Alcazar. À sa sortie, Patrick Padovani, adjoint au maire de Marseille délégué à l'hygiène et la santé, a improvisé un point presse devant la bibliothèque.

Comment a évolué le diagnostic depuis jeudi soir ?
Patrick Padovani : 
Les chiens renifleurs sont toujours au combat. Ils ont fait la moitié du 3e étage, des lieux sont en effet bien infestés. Une partie du matériel, comme les canapés, sera jetée. Le problème se pose sur les livres qui reviennent. On les a mis dans un coin et on va les faire passer par la tente (la Ville possède deux tentes pour traiter des objets infestés grâce à la chaleur sèche, Ndlr). Là on est train de faire venir en urgence du matériel de protection pour les personnels qui doivent recevoir les livres. Mais je le répète : ce n'est pas un phénomène de santé publique, ça ne porte pas sur la santé. C'est un fléau public.

Certains livres, documents, sont particulièrement anciens et fragiles. Comment allez-vous les faire traiter ?
Patrick Padovani : On n'a toujours pas à cette heure la réponse du ministère de la Culture. Mais en effet, certains livres ne pourront évidemment pas supporter une température de 60ºC ou de -20ºC. C'est en train d'être étudié...

Les livres passent de bibliothèque en bibliothèque en temps normal, il y a donc un risque que d'autres structures soient touchées. Allez-vous les inspecter ?
Patrick Padovani : On va commencer par finir l'inspection ici car il n'existe pas énormément de chiens renifleurs. On ira après, inspecter ailleurs. Vous savez, après l'expérience dans les écoles (au début de l'année, Ndlr), on était justement en train de travailler avec les bibliothèques sur un protocole de prévention et d'action. Et c'est arrivé trois semaines trop tôt.

Les agents vont-ils continuer à travailler dans la bibliothèque ces prochains jours ?
Patrick Padovani : Je sors d'une réunion où le droit de retrait a été évoqué. Mais statutairement, il n'est pas possible d'exercer un droit de retrait dans le cadre d'affections qui ne sont pas dangereuses. Le personnel des écoles en son temps avait été confronté à la même problématique et avait accepté de travailler pour mettre tous les objets dans les tentes et donc, a joué le jeu avec un comportement citoyen. Car on est sur une action qui doit impliquer tous les Marseillais. Ce n'est pas spécifique à un lieu en particulier ou à une hygiène de vie. Tout le monde peut être amené à transporter des punaises, même moi !

Quel est l'état des lieux des punaises de lit à Marseille ?
Patrick Padovani : Il n'y en a pas plus que dans les autres métropoles ou dans les autres grandes villes. Ici, tout prend une autre dimension qu'ailleurs, vous le savez bien. Et ça nous a permis d'être opérationnels, avec ces deux tentes, qu'aucune autre municipalité ne possède. Et on en a commandé une troisième...

Elle traîne derrière elle un lourd sac-poubelle. "Ce sont les livres que j'ai empruntés", souffle Ouiam sur le cours Belsunce à Marseille (1er). Direction l'Alcazar pour cette trentenaire, maman de deux enfants. Qui a appris la nouvelle le matin même, dans ces colonnes : la bibliothèque municipale à vocation régionale a précipitamment fermé ses portes la veille, après la détection de punaises de lit au 3e étage du bâtiment. "Sauf que j'ai emprunté ces livres hier à 16 h 45. Et on m'a dit qu'ils fermaient exceptionnellement la bibliothèque à 17 h. Ils auraient dû me dire de ne pas prendre les livres !", s'emporte la Marseillaise, qui a passé la matinée à scruter tous les recoins de son appartement, à Noailles. "J'ai lavé tous les draps à 60°C. Et j'ai mis les livres dans ce sac-poubelle que j'ai bien fermé. Mais j'ai peur, car les enfants lisent au lit !"

La crainte. C'est le sentiment qui animait de nombreux lecteurs marseillais, massés hier par dizaines devant l'Alcazar pour déposer leurs livres empruntés dans une boîte automatique dédiée. "Moi j'ai carrément congelé mes livres", lance Mika, exhibant son sac zippé saturé de bouquins. Devant le jeune homme, Camille, 25 ans, attend son tour. "On a appris ça dans la nuit via les réseaux sociaux. Et on a bien flippé ! Car on en a emprunté pas mal des livres du 3e étage, notamment de philosophie." Au bout de la file d'attente, Julien présente les trois romans qu'il compte rendre. "C'est dommage, il y en a un que je n'ai pas fini !", sourit-il. "C'est une grosse surprise", reprend cet habitant de La Timone, "car c'est la première fois que ça arrive ici. Et la question est de savoir comment s'en débarrasser."

Chiens renifleurs et agents confinés

 

Pendant ce temps à l'intérieur, deux chiens renifleurs se sont affairés à débusquer les foyers infestés. Les tentes isolantes de la Ville seront installées dès lundi pour traiter une partie du matériel à 60ºC.
Pendant ce temps à l'intérieur, deux chiens renifleurs se sont affairés à débusquer les foyers infestés. Les tentes isolantes de la Ville seront installées dès lundi pour traiter une partie du matériel à 60ºC.PHOTO ANTOINE TOMASELLI

 

À l'intérieur de la bibliothèque, qui affiche sur sa porte les démarches à suivre vis-à-vis des nuisibles, l'heure n'est pas encore à la désinsectisation. Deux chiens renifleurs de la société toulousaine spécialisée Eco-flair sillonnent le 3e étage pour débusquer les foyers infestés. "Ils ont fait la moitié du 2e étage, indique Patrick Padovani, adjoint au maire délégué à l'hygiène et la santé. Et les chiens vont passer dans tout le bâtiment." Lundi, la Ville installera une ou deux tentes isolantes dont elle a fait acquisition après les cas d'infestation dans les écoles, au début de l'année. "Elles montent à 60ºC. Il n'y a que la forte chaleur et le froid intense qui tuent les punaises", rappelle Patrick Padovani.

Aussi, l'intervention des chiens renifleurs a obligé hier, les agents de la bibliothèque à rester confinés dans leurs bureaux, "pour ne pas perturber les chiens", rapporte le délégué CGT Raymond Romano. "C'est le syndicat qui a lancé l'alerte hier (jeudi, Ndlr) midi, car des collègues avaient été piqués, poursuit-il. Nous sommes inquiets : une grande école, c'est 2 000 m² à traiter. Ici, c'est 22 000 m² de surface ! Ça va pas être la même chose !"

Peu de chances donc que l'Alcazar rouvre ses portes le 11 octobre, date affichée sur la porte de la bibliothèque au million de livres.

 

Reprérer les punaises de lit

 

 

Les punaises de lit sont des parasites ovales, marron et sans ailes mesurant 5 à 8 mm donc visibles à l'oeil nu. Elles ne sont pas vecteurs de maladie ni dangereuses pour la santé, mais leurs piqûres démangent énormément. Elles se nourrissent du sang des êtres humains et des animaux et mordent essentiellement la nuit, laissant une trace rouge - généralement plusieurs, en grappe - sur la peau. Souvent nichées d'abord sur les matelas, elles peuvent laisser des traces de sang, des taches foncées (leurs excréments) sur les draps.

 

"Une situation catastrophique indigne et choquante"

Au lendemain de l'annonce d'une infestation de punaises de lit à l'Alcazar s'est tenue une réunion - prévue de longue date - au local marseillais de La France insoumise, rue Louis-Astouin (2e) au sujet du nuisible. Une rencontre entre différents collectifs pour aboutir à un texte commun émargé par une quinzaine de signataires (*) et communiqué à notre rédaction en fin de journée. "Le fléau des punaises de lit est un vrai problème de santé publique", écrivent-ils, contestant au passage les propos de l'adjoint délégué à l'hygiène et la santé, Patrick Padovani (lire ci-contre). "Ces parasites se propagent à une vitesse exponentielle et touchent tous les aspects de la vie des Marseillais : logements, écoles, Ehpad, hôpitaux, cités universitaires, centre communal d'action sociale, centre d'hébergement et de réinsertion sociale, caserne des pompiers et bibliothèque. Cette situation catastrophique est indigne et choquante alors que la mairie procède à des dépenses somptuaires." Les signataires annoncent par ailleurs que "vivre avec des punaises de lit est insupportable car elles provoquent des réactions cutanées et allergiques, des risques infectieux, une anémie, une thrombopénie et des effets psychologiques très graves". Aussi, ils exigent "que la mairie et l'Agence régionale de santé (les) reçoivent" pour livrer leurs revendications. Dont la création d'un service public spécifique à cette question ; la reconnaissance des infestations comme problème de santé publique ; la prise en charge financière de la désinsectisation des foyers les plus modestes... "On leur laisse trois semaines pour nous recevoir, sans quoi nous passerons à la mobilisation", prévient Katia Yakoubi (LFI). Interrogé, Patrick Padovani estime "qu'une politique pareille doit être mise en place par l'État, car on n'est pas sur une spécificité marseillaise".

(*) Collectif Cabucelle ; Fédération syndicale étudiante, Droit au logement ; Collectif du 5-Novembre ; Collectif Air-Bel ; Syndicat des quartiers populaires, CGT éduc'action ; Emmaüs ; L'école au présent ; CIQ Notre-Dame-Limite ; La France insoumise ; Marion Honde (PCF) ; Lydia Frentzel (EELV).

 

La Provence édition Marseille le 13 octobre 2018

Marseille : un rat pète les plombs et prive plusieurs centaines d'habitants d'électricité

Dans la nuit de jeudi, des centaines d'habitants de Camas ont été privés d'électricité à cause d'un rongeur

Par Éric Miguet avec Laetitia Gentili

Cette photo est un document : elle montre la dépouille du rat (à droite) qui a provoqué la panne dans le tableau électrique.PHOTO E.MI.

Après les rats mangeurs de câbles de voitures, les rats dévoreurs de compteurs. Comme révélé dans nos colonnes durant l'été 2017, ces petits animaux sont bel et bien capables de tout pour se nourrir, quitte à se nicher dans les endroits les plus improbables et les plus difficiles d'accès.

Attirés par la chaleur des moteurs thermiques, ils avaient été responsables de plusieurs pannes de véhicules. Nous avions ainsi recueilli le témoignage de plusieurs automobilistes contraints de passer par la case garage après la découverte de câbles électriques détruits et effilochés.

Au cours de notre enquête, le diagnostic avait été posé par un garagiste du Camas. En partie composés d'amidon de maïs, les câbles électriques ou mousses de protection des voitures servaient de garde-manger pour les rongeurs. Depuis, le phénomène ne s'est pas arrêté. Encore moins rassurant, ils sont désormais en mesure de priver de courant des centaines d'habitants.

111 clients privés d'électricité

Cette fois-ci, l'alerte nous a été donnée par un résident de la rue Horace Bertin (5e). Toujours dans le Camas, ce retraité nous a relaté la coupure de courant survenue dans son quartier dans la nuit de mercredi à jeudi. En train de lire dans sa chambre, Eugénie, habitante de la même rue, a perçu une baisse de tension avant d'entendre sur les coups de 21 h, un grand "boum". Plus de courant, une partie des rues Horace Bertin et Terrusse a été plongée dans le noir toute la nuit. Pas de bol non plus pour les fans d'Esprits criminels sur TF1, privés de leur série préférée. Imaginaient-ils seulement qu'un crime venait d'être commis à quelques mètres de chez eux ?

De fait, l'enquête pouvait débuter. Des travaux sur le réseau électrique sont menés depuis cet été dans le secteur ; une panne ou une coupure anticipée sont donc envisageables. Or, sur le réseau Enedis, rien ne l'indique. Notre retraité n'y songe pas non plus. Mais il a de la suite dans les idées et nous aiguille sur la piste d'un rat. Stupeur, étonnement. Difficile d'imaginer un rongeur marseillais muni de pinces et de ciseaux pour s'en prendre à de dangereux câbles de moyenne tension. Le flair aussi aiguisé qu'un de nos amis à quatre pattes, le retraité avait peut-être raison.

Le rat tout rôti

Aussi saugrenue soit-elle, la question est posée à la cellule communication d'Enedis, en charge du réseau, et elle fait mouche. "C'est possible", nous répond-on avant de nous inviter à patienter, le temps de contacter les techniciens d'astreinte ce soir-là. Quelques minutes s'écoulent... et la vérité éclate à l'autre bout du combiné. "Oui, c'est bien un rat qui a fait sauter le courant dans le quartier". Une preuve est demandée. Elle sera fournie par une photo d'un coffret électrique dans lequel un rat, du moins de ce qu'il en reste, est inséré. L'image est à peine croyable. Rôti, le rongeur, tout en longueur, se distingue à peine. En revanche, sa queue qui pendouille est bien plus visible.

Reste à connaître les raisons de sa présence à cet endroit. Enedis assure que ce n'est pas une première. Des rongeurs seraient déjà parvenus à se faufiler dans des coffrets électriques présents sur la voirie. Sauf que cette fois, le tableau électrique n'est pas à l'extérieur, il se trouve dans une cage d'escalier sécurisée d'un immeuble de la rue Horace Bertin. En principe, personne, sauf des techniciens, ne peut y accéder. Mais les rats sont des malins. Perturbés par les incessantes pluies de ces derniers jours, ils auraient trouvé refuge en surface pour quitter les égouts inondés.

Ce passage dans l'armoire électrique serait juste une erreur de parcours. Problème, en se faisant griller dans l'ouvrage, il a d'abord généré un court-circuit. Pire, sous la chaleur, des pièces métalliques ont fondu. Sur place dans la soirée, les techniciens ont fait de leur mieux pour rétablir le courant le plus vite possible. Peine perdue, de nombreuses pièces devaient être changées.

Au total, près de 111 clients du réseau, soit plusieurs centaines de personnes du secteur, ont été impactés de 21h à 11h le lendemain. Soit 14 heures pour être de nouveau "rat"ccordées à l'électricité.

 

Les 3 questions à Pascal Daufes, directeur d'Actigien*  

Peut-on lutter efficacement contre la prolifération des rats ? 
Pascal Daufes : 
On peut essayer de les contenir mais ce ne sera jamais une victoire pleine et entière car, quand une résidence est traitée, celle d'à côté ne l'est pas forcément et les rats en profitent. Les copropriétés et les bailleurs sociaux font traiter les parties communes (espaces verts, réseaux d'assainissement, vide-ordures, locaux à poubelles...), la Ville traite les égouts, les bâtiments publics... mais cela suffit juste à contenir quelque peu la situation. Ils sont de plus en plus nombreux et cela n'est pas qu'une impression. Ils sont presque apprivoisés, demeurent beaucoup moins craintifs qu'avant. Nos produits évoluent pour éviter qu'ils s'habituent.

Le comportement des Marseillais, l'incivilité joue contre vous... 
Pascal Daufes : 
Il faut bien comprendre que tous les traitements sont inutiles si on laisse traîner un bout de pain ou de la salade à côté du rodenticide que l'on pose. Si les gens jettent leurs ordures dans des sacs troués ou n'importe où, forcément, les rats iront vers la nourriture.

Mais comment un rat peut-il se retrouver dans une armoire électrique ? 
Pascal Daufes : 
Il suffit d'une ouverture sur 1 cm de hauteur pour que le rat s'écrase et rentre à l'intérieur. Ils peuvent ainsi rentrer par les vides sanitaires, les trous pour les câbles électriques... Par ailleurs, on peut conseiller aux habitants de mettre des seuils aux pas-de-porte mais encore une fois, cela ne réglera pas tout car les rats sont capables de creuser des galeries impressionnantes dans le goudron. Et cette invasion est visible dans tous les quartiers, même si elle est plus fréquente dans les endroits dits insalubres.

*La société Actigien est spécialisée dans l'hygiène et la maîtrise des nuisibles.